J’ai rencontré l’homme que j’aimais à 19ans. Lui en avait 22. Aujourd’hui, j’en ai 28 et je viens de quitter la personne avec qui je pensais passer ma vie. Pendant longtemps, je n’ai pas vu le problème. Ou peut-être que je ne voulais pas le voir. Il buvait, mais nous étions jeunes. Les soirées, les copains, les fêtes… Je pensais que c’était normal. Je pensais que l’amour suffisait. Je pensais que les gens changeaient quand on les aimait assez fort. Puis les années ont passées.
J’ai découvert les bouteilles cachées, les mensonges. Les odeurs d’alcool qu’on reconnaît avant même d’ouvrir la porte. Cette voix au téléphone qui change légèrement. Personne ne l’entend peut-être, mais toi tu l’entends. Parce que tu connais la personne par cœur… Alors tu demandes : « Tu as bu ? » et on te répond : « Non »… Alors que tu sais. Tu sais parce que ça fait des années que tu sais. Et pourtant tu fais semblant de croire, parce qu’admettre la vérité est plus douloureux encore. On parle souvent de ce que vit la personne qui boit, mais on parle beaucoup moins de ceux qui restent… Ceux qui attendent, qui surveillent discrètement, qui s’inquiètent, qui ramassent les morceaux après les crises, ceux qui encaissent les promesses.
« Je vais changer. »
« Cette fois c’est la bonne. »
« Tu verras. »
Et parfois il y a même des améliorations. Assez pour redonner espoir, mais jamais assez pour retrouver la paix.
Alors tu restes, parce que tu aimes, parce que tu crois en lui, que tu te souviens de l’homme qu’il est quand l’alcool n’est pas là, que tu vois sa souffrance derrière ses comportements. Parce que tu veux l’aider… Parce que tu te dis que partir serait l’abandonner. Alors tu portes !
Des mois.
Des années.
Jusqu’au jour où ton propre corps commence à dire stop. Ton sommeil. Ton moral. Ton énergie. Ton désir. Ton estime de toi…
Moi, j’ai fini par ne plus me reconnaître. J’ai fini par dépérir. Mon entourage s’inquiétait pour moi alors que moi je continuais à m’inquiéter pour lui. Nous avons essayé. Même une thérapie de couple. Je voulais y croire jusqu’au bout.
Et puis il y a eu la promesse de trop. La fois de trop. Pas forcément la plus grave, juste celle qui t’oblige à regarder la réalité en face. J’ai compris quelque chose qui m’a brisé le cœur : on ne peut pas sauver quelqu’un à sa place. On ne peut pas aimer assez fort pour deux, ni construire une vie entière sur l’espoir que l’autre change un jour.
Alors je suis partie. Pas parce que je ne l’aimais plus. C’est ça le plus tragique. Je suis partie parce que je l’aimais encore mais je ne pouvais plus continuer à me perdre.
Aujourd’hui, j’ai 28 ans.
Je dois reconstruire ma vie, tout recommencer… Faire le deuil de notre maison, des projets, du mariage dont je rêvais, des enfants que j’imaginais, de l’avenir que j’avais construit dans ma tête pendant huit ans.
Et malgré tout ça, aujourd’hui encore, je ne le déteste pas. Je l’aime probablement d’une certaine façon et j’ai même de la peine pour lui.
Parce que derrière l’alcool, derrière les mensonges, derrière les promesses non tenues, il reste quelqu’un que j’ai profondément aimé…
Mais si tu lis ce message et que tu as un problème avec l’alcool, j’aimerais que tu comprennes une chose :
Tu ne te détruis pas seul.
Il y a souvent quelqu’un à côté qui t’aime plus que tu ne l’imagines. Quelqu’un qui se couche inquiet, qui te défend encore quand tout le monde abandonne, qui croit encore à tes promesses quand lui-même n’y croit plus vraiment, qui souffre en silence, qui reste! Par amour… Et parfois cette personne finit par partir. Non pas parce qu’elle ne t’aime plus, mais parce qu’elle a essayé de te sauver jusqu’à s’oublier elle-même. Et aucun amour ne devrait demander ça.