Bonjour à tous et à toutes,
Aujourd'hui j'ai décidé de venir parler ici comme une thérapie pour moi-même. Cela fait 25 ans que je suis avec mon mari, nous avons une fille qui est adulte aujourd'hui. Cela fait 25 ans que l'alcool et le cannabis sont dans notre vie, et les choses ont évolué lentement, progressivement, comme pour anesthésier sa victime et ne pas déclencher d'alarme.
La violence verbale est venue progressivement, des mots méchants. La situation n'est pas linéaire, les horreurs vont et viennent, cela dépend de son état d'esprit du moment, de ses états de manque, etc... Lors de certains épisodes, il s'agissait d'une véritable attaque de ma santé mentale, il me détruisait par ses mots avec une précision presque chirurgicale. Et pour je ne sais quelle raison, ça m'atteignait. Il m'a isolé de ma famille, il a viré nos amis. Il m'a fait perdre toute confiance en moi, et pendant une époque j'ai presque oublié que j'existais, je n'étais plus qu'un fantôme. Il y a dix neuf ans, pendant une de ces période de destruction, j'ai fait un coup de force et j'ai décidé seule et contre lui d'être maman. J'étais enceinte à nouveau après avoir perdu deux grossesses (la première s'est compliquée et j'ai accepté d'avorter, et j'ai fais une fausse couche la deuxième fois, au moins ça m'a évité de devoir avorter pour lui faire plaisir...) Je me suis dit que mon enfant serait ma raison de vivre et que tout irai mieux. Aujourd'hui, elle reste ma force et ma raison de vivre. Mais quand mes épisodes dépressifs ne submergent, je me dis que c'est dangereux de na pas passer à l'acte juste pour ne pas la faire souffrir. C'est très efficace, ça marche à 100%, mais je ne pense que ce soit très sain, et ça signifie qu'il est grand temps que je soigne ce qui ne va pas dans ma tête et dans ma vie.
J'ai fais une profonde dépression en 2020, je me suis soignée, j'ai été très bien accompagnée, j'ai changé beaucoup de choses dans ma façon de réagir, dans ma façon de penser... Je me suis totalement détachée de mes émotions vis à vis de mon mari. Pas une seule dispute depuis de jour. Je ne réagis pas à ses provocations. Je ne crois plus les paroles qui sortent de sa bouche. Je ne l'aime plus, et il n'a plus de pouvoir sur moi.
Mais en parallèle, l'exaspération est montée et je ne le supporte plus. Je joue un rôle dans ma propre maison, je fuis, je triche dans mes paroles, juste pour qu'il me foute la paix. Mais la colère monte en moi d'être coincée dans cette situation. Et depuis deux ans, je me rend compte que j'ai laissé coulé toute ma vie. Je ne sors presque plus avec mes amis parce que c'est plus simple que de gérer sa mauvaise humeur les jours d'avant et les jours d'après. Je ne parle plus de rien, je crois qu'il ne sait plus rien de ma vie, et le pire c'est que ça lui va très bien comme ça. Ma fille est partie de la maison, c'est vraiment mieux pour elle. Et je me réfugie dans la lecture, mais vraiment trop, parce que ça m'évite de faire face à lui et surtout ça rempli de ma tête d'autre chose que mes problèmes.
Mais ma vie est un vrai désastre. Je ne fais plus rien dans la maison, on croirai une maison hantée avec les herbes hautes dans le jardin et les toiles d'araignée sur les meubles. J'ai laissé les problèmes administratifs et financiers prendre des proportions énormes. je me demande juste quand on va me saisir la maison et me mettre en prison pour impayés. Bien sur, il n'en sait rien, je n'en parle pas et il n'a même pas idée de poser la moindre question sauf d'avoir ma bénédiction (de principe parce que si je lui dit non il enrage et fait quand même) pour dépenser de l'argent qu'on a pas. Et au boulot, je suis complétement à coté de la plaque. Incapable de me concentrer, je laisse passer des délais, mes dossiers souffrent et ma hiérarchie m'a dit de me ressaisir ou de me mettre en arrêt. Je pense que je suis à deux doigts de faire foirer des dossiers capitaux, et si je me prends pas de sanction ce sera pas mal.
Bref, c'est comme si je m'étais laissé couler pour savoir à quelle profondeur était le sol sous mes pieds. Donc maintenant, plus le choix que de remonter mais j'y arriverai pas seule. J'ai pris rdv demain avec un centre médico-psychologique. C'est eux qui m'ont aidé en 2020. Et je prendre les étapes une par une, mais putain j'aimerai juste avoir quelqu'un qui me tiens la main à travers tout ça et une épaule sur laquelle m'appuyer, mais là je rêve en couleur.
La raison pour laquelle je ne pars pas est la peur. Peur de sa violence quand ça dérape pour lui. Il n'est pas un violent quotidien, mais quand je fais signe de partir, c'est comme une vague de violence qui sort de lui, il casse tout et il peut être très agressif. Je pense qu'il pourrait me tuer volontairement dans ces crises là. (il m'a déjà tenu un couteau sous la gorge en 2010, en 2019 il m'a plaqué au sol avec son bras appuyant dans mon cou, ces deux fois je lui avait dit que je voulais le divorce, dommage pour moi j'ai reculé sous la peur). Ce week end, on avait un repas pour son travail et bien sur il s'est mis ivre mort. Quand on est rentré, il a tout jeté dans la maison sans raison. Un couteau a volé dans ma direction, la vaisselle a été jetée contre le mur, il a cassé une table. Pas une raison en vue (il n'arrivait pas à faire marcher son téléphone). pas une excuse, pas un remord. Dans sa tête, c'est normal et peut être même un peu drôle. Le lendemain, il a juste dit "j'ai un peu abusé je crois" avec le sourire. Je n'ai rien répondu.
La deuxième raison pour laquelle je ne pars pas, c'est qu'il me dit toujours qu'il se pendra si je pars, et je le crois assez déconnecté de toute réalité pour le faire. Et je ne veux pas porter ce fardeau de culpabilité sur mes épaules. Je me dis qu'il va mourir de sa belle mort, suite à son alcoolisme, mais je ne serai pas coupable de ça. Depuis 20 ans, il dit "t'inquiète pas, je vais pas mourir vieux et tu seras débarrassé de moi". Avant ça m'angoissait et ça me gâchait la vie. Maintenant j'attends sa promesse, même si ça fait de moi une garce.
Voilà, j'ai vidé mon sac. Demain est un autre jour et on verra comment je peux être accompagnée à travers tout ça. Merci de m'avoir lu, pour ceux qui ont eu le courage d'aller jusqu'au bout.