Salut à tous.
Je poste régulièrement ici pour tenter d'accompagner tous ceux qui passent le cap de poster ici.
J'ai envie de vous faire part d'une bonne nouvelle : bientôt 150 jours sans alcool.
Je me mettais souvent minable depuis mon adolescence. Peu importe ce qui m'arrivait en soirée, je reprenais de plus belle les jours ou la semaine suivante. Mais pas d'alcoolisme seul à ce moment. Depuis mes 30 ans, une vilaine dépression non soignée depuis l'adolescence (plus tard diagnostiquée comme troubles bipolaires) me poussait désormais à boire n'importe quand.
Des bières restantes de la veille ? Pas de souci pour les attaquer dès 9h du matin. Heureusement, la plupart du temps, je finissais ce que j'avais acheté avant d'aller me coucher, sous le regard inquiet et impuissant de ma compagne. Des soirées entières à vouloir refaire le monde, seul, devant mon écran, dans la cuisine ou en écoutant du punk ou de la musique d'énervé. Toujours le même schéma, grâce à l'alcool j'allais mieux, j'avais envie, j'allais faire plein chose. Et puis le lendemain, la honte. Et la dépression qui revenait encore plus renforcée. L'alcool est un dépresseur, qui désinhibe certes, mais dépresseur du corps entier.
Journées entre potes, passer du temps en famille, c'était toujours la même chose : une bière à la main dès midi pour supporter l'anxiété, le mal-être. Plus aucune honte de descendre 15 bières dans la journée. Et puis la maladie s'est installée, de plus en plus. Des problèmes au boulot, un procès contre une boîte, d'autres pépins, et soudainement acheter un pack tous les soirs était une habitude. D'abord de 6, puis de 12, voire plus. Aller au troquet de campagne, dépenser 20 balles en demis, avant d'acheter deux packs, était également la norme. Qu'on est bien entre alcoolos.
Ma vie était ainsi, comme mon père, mes grands-pères, j'étais punk et caméléon, mis à part de très rares fois, j'arrivais toujours à me comporter à peu près normalement, le mec triste mais marrant.
Et puis à force de tirer sur la corde, la bipolarité s'est déclenchée, elle n'attendait que ça. Phase maniaque mixte après un énième sentiment d'injustice. La rage de combattre et l'envie d'en finir. Un kamikaze sous éthanol. Hospitalisation le jour où l'envie de se battre s'est envolée. Sorti après une seule nuit, dans un hôpital ne donnant pas envie d'être malade, et puis 3 mois livrés à moi-même où les 12 bières se transformaient en 24. Alors le diagnostic est tombé, enfin.
Après des mois à penser que l'alcool et les médocs fonctionnaient ensemble, j'ai du me rendre à l'évidence après une soirée ou toute ma haine est ressortie. Pas d'acte violent, mais des mots sans plus aucune retenue.
Le lendemain j'ai dit stop. un 17 juin. Si j'avais été gaulliste, j'aurais probablement attendu le lendemain pour faire mon allocution. Mais je ne suis pas gaulliste, et je n'étais pas à Londres. Terminé l'alcool. Plus jamais. Qu'est-ce que tu es en train de foutre de ta vie ? Tu souffres, oui, comme des millions de personnes. Et ? Que veux-tu, une cirrhose ? Prendre ta bagnole bourré ? Avoir un accident comme chacun de tes ancêtres ? T'as une chance de voir ta maladie soignée, et qu'est-ce que tu fous, tu continues à te déglinguer tout seul, devant la femme qui t'aime et qui ne sait plus quoi faire ? T'es vraiment un abruti. De la liste des effets secondaires de mes médocs, je ne voyais que le risque d'interaction en cas d'ingestion de jus de pamplemousse. Je me bourrais la gueule 3 fois par semaine, et ce qui me faisait peur, c'est le pamplemousse.
Alors dès ce 17 juin, c'était fini. L'alcool est la pire merde au monde. Fini les discussions sans issue au comptoir, les gueules de bois, le fric dépensé pour gerber ou pisser toute la nuit. Fini les moments ou tous les cabossés se livrent comme chaque fois après 3 verres de trop. On est tous pareils, on pense être des fétards, des bons vivants. Et puis on finit par se comporte comme tous ceux qu'on critique : des fouteurs de merde, des casse-couilles, des beaufs, des vrais alcoolos...
Elle rend con, violent,
Il a fallu que je comprenne que le reste de ma vie ne dépendait que de moi. Que cette saleté de maladie appelée bipolarité ne se stabiliserait jamais en continuant ces excès. Et dès ce jour, où je me suis laissé cette chance, ... les effets sont vite arrivés. Plus de gueule de bois, une humeur bien plus stable, quelques coups de colère mais sans aucune comparaison possible avec avant, et surtout : une quasi lucidité à chaque moment de la journée.
La vie est beaucoup trop courte, les relations sont trop précieuses pour s'infliger ce que l'on fait. L'alcool rend con, violent, antipathique des gens pourtant fréquentables à l'heure du café.
Dans quelques mois, j'attaquerai la dernière ligne droite avant les 40 ans. Je ne sais pas de quoi l'avenir est fait. Mais il sera sans alcool, c'est une certitude.
Bières sans alcool, fruits pressés, vin sans alcool, y'a de quoi faire pour commencer à passer des vrais moments de convivialité avec les gens qu'on aime, ceux qu'on aime enfin pour ce qu'ils sont, pas pour leur descente.
Stop à ce putain de poison qu'est l'alcool.
Certains me trouvent peut-être relou à répondre à vos messages en abordant la question psychiatrique, mais je peux vous assurer qu'avec le recul, tous les copains alcoolos que j'ai eu dans ma vie avec tous un truc en commun : ce moment infernal de tristesse, de bouderie, de coup sang, dès que le verre de trop avait descendu l'œsophage tel un champion suisso-autrichien de ski.
Un bipolaire sur deux a un problème avec l'alcool.
Un dépressif sur deux serait bipolaire.
Si vous avez un suivi avec un professionnel, abordez la question. Les deux ensemble font un carnage.
Soutien à tous ceux qui commencent la lutte contre leur propre destruction.
Movember peut très bien être un Dry January de novembre pour ceux qui n'ont pas de moustache.
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